La santé financière des hôpitaux bruxellois

La santé financière des hôpitaux bruxellois

J’ai interrogé un membre du Collège réuni, compétent pour la Politique de la Santé au sujet de la santé financière du secteur hospitalier bruxellois.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery – Belfius a récemment rendu publique l’étude qu’elle mène depuis 25 ans et qui passe au crible la santé des institutions financières et les finances de près d’une centaine d’hôpitaux.

Le constat n’est guère encourageant. S’il y a une légère amélioration par rapport à 2017, les chiffres restent inquiétants, et la santé des hôpitaux reste extrêmement fragile. Et pour cause, la norme de croissance des soins de santé appliquée par le gouvernement MR-N-VA ces dernières années ne correspond plus du tout aux besoins en matière de soins de santé. C’est d’ailleurs un constat du Bureau fédéral du Plan dans l’analyse et les perspectives qu’il en fait.

Un hôpital sur trois est dans le rouge, et Belfius nous dit qu’il faudrait très peu pour que ce chiffre avoisine les 50 %. La santé est fragile, et toute perturbation peut induire des modifications négatives.

Ces perturbations sont à nos portes. J’en veux pour exemple le mouvement social des blouses blanches, que nous avons déjà évoqué ici et qui est perturbant pour la santé financière des hôpitaux mais aussi, et surtout, pour les travailleurs.

Un autre exemple est la réforme fédérale des réseaux qui s’impose à nous, et qui va obliger nos hôpitaux à penser autrement, à se regrouper, à créer des synergies et, partant, à rationaliser. Toutefois, ainsi que l’étude Belfius l’a rappelé, on sait bien évidemment que les bénéfices d’une éventuelle rationalisation ne se feront pas sentir immédiatement.

M. le ministre, vous êtes désormais chargé de cette compétence éminemment importante pour la vie des citoyens, à savoir les soins de santé et nos hôpitaux bruxellois. Je suppose que vous avez pris connaissance de cette étude et que vous en avez déjà tiré quelques conclusions. Comment appréhendez-vous la réforme des réseaux dans la Région bruxelloise ? 

M. Alain Maron, membre du Collège réuni.- La réponse à votre question est affirmative : nous avons bien pris connaissance de l’étude.

La politique de santé que nous entendons mener ne se bornera pas à la prévention et à la première ligne, même si ce sont évidemment là des aspects importants. Tous les hôpitaux, y compris publics, doivent être performants et le plus accessibles possible. Telle fut d’ailleurs la ligne de conduite depuis la création de la Région bruxelloise et ce gouvernement entend bien continuer à la suivre. Il ne vous aura pas échappé que ce point est inscrit de manière assez claire dans l’accord de majorité. 

On peut toujours voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Les résultats de l’étude sont certes alarmants sur certains points et le sont beaucoup moins sur d’autres, vous l’admettrez. La situation financière de la majorité des hôpitaux reste saine, voire parfaitement saine. Certains d’entre eux, il est vrai, sont dans une situation un peu plus difficile et demandent donc une attention que nous ne manquerons pas de leur accorder à Bruxelles.

Parmi les points positifs qui ne figurent pas dans la présente étude mais bien dans une autre étude internationale, les prestations de soins des hôpitaux belges et la qualité des services qui y sont prodigués restent excellentes. Nous caracolons en effet en cinquième position sur 37 dans la dernière étude internationale dont nous avons pris connaissance. Et nous entendons bien rester à ce niveau, tant il est vrai que la qualité des soins et services rendus dans les hôpitaux doit demeurer excellente.

Il est exact que la politique menée au niveau fédéral pose des problèmes, notamment en ce qui concerne le prix des médicaments et des soins en général. Comme vous l’avez dit, nous dépendons largement des décisions prises à ce niveau de pouvoir. Vous avez évoqué les rémunérations d’une partie du personnel de soins. On pourrait évoquer aussi le financement des hôpitaux, les regroupements, le prix des médicaments.

Ces aspects pèsent évidemment lourdement sur les finances des hôpitaux, mais ils n’entrent pas directement dans le champ de mes compétences. Au sein de la conférence interministérielle (CIM) de la santé publique, des signaux d’alerte sont régulièrement envoyés sur ces questions. 

Je puis vous assurer que je veillerai particulièrement à accompagner au mieux la constitution des réseaux hospitaliers. J’y vois une occasion de remplacer des effets de concurrence par des effets de synergie. Encore faut-il que ce ne soit pas réalisé en dépit du bon sens. 

Si j’ai bien compris, vous m’interpellerez bientôt en commission sur ce sujet et je me ferai un plaisir de vous répondre. 

Mme Isabelle Emmery – Je vous remercie tant pour votre réponse que pour l’intérêt évident que vous portez au secteur bruxellois des soins de santé. Je reviendrai en commission sur ce sujet de manière un peu plus précise et plus technique, notamment sur des aspects de modification de la législation. L’ordonnance qui permettra aux hôpitaux publics et privés de se regrouper – ce qui n’est pas possible actuellement – sera tout particulièrement importante pour le futur des réseaux. 

M. Alain Maron, membre du Collège réuni.- J’avais bien compris que c’était votre centre d’intérêt ! 

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