Les femmes photographes

Les femmes photographes

J’ai interrogé en Commission la Ministre de la Culture concernant la profession de femme photographe.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, je souhaite vous interroger sur la question préoccupante de la représentation des femmes dans le secteur de la culture, plus spécifiquement dans la profession de femme photographe.

Comme dans beaucoup de secteurs, les femmes photographes sont encore souvent trop peu représentées. Qu’elles travaillent pour la mode, la presse ou l’art, elles restent hélas largement sous-exposées. De plus, elles doivent constamment lutter pour prouver qu’elles ont les mêmes compétences que leurs homologues masculins. Cette profession connaît heureusement une féminisation croissante, mais il faut souligner la persistance de disparités importantes au niveau des revenus, des cartes de presse ou des distinctions artistiques.

Disposez-vous d’une radiographie relative à la représentation des femmes photographes en Fédération Wallonie-Bruxelles? Il est toujours plus aisé de travailler sur un dossier quand on dispose de statistiques ou, à tout le moins, d’une vision objective de la situation. Quelle est la proportion de femmes dans la profession? Les écoles de photographie se sont-elles féminisées ces dernières années? Dans ce secteur comme dans beaucoup d’autres – celui de l’audiovisuel notamment –, il y a beaucoup de femmes diplômées. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes. Malheureusement, on les retrouve par la suite beaucoup moins actives dans la profession. Quel est l’écart salarial avec les photographes masculins? Qu’en est-il de la parité aux postes de direction? Je fais ici référence à la fameuse question du plafond de verre. Le gouvernement a-t-il pris des initiatives visant à dynamiser et promouvoir le métier de femme photographe en Fédération Wallonie-Bruxelles?

(…)

Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance – Nous faisons le même constat: comme je l’ai répété à plusieurs reprises, il faut passer à l’action! Dans cet esprit, je salue le fait que de nombreuses initiatives voient le jour – Monsieur Prévot, nous aurons certainement l’occasion de revenir sur celle que vous avez mise en exergue – dans différents domaines: le rock n’roll, les arts de la scène, le cinéma, les arts plastiques, etc. C’est une excellente nouvelle qui témoigne une fois de plus de l’importance et de la prégnance de cette question, mais aussi d’une réelle prise de conscience à cet égard.

J’ai donc répondu positivement à l’ensemble des sollicitations que j’ai reçues en commandant une série d’études. Je pense notamment à celle menée par Alter Égales et à laquelle une partie de vos questions a fait référence, Madame Emmery. J’ai rencontré les groupes à l’origine de chacune de ces initiatives afin d’analyser leurs besoins et leurs attentes.

Je souhaite les soutenir matériellement afin de leur offrir la capacité de mener un travail d’analyse, de sensibilisation et de transformation des structures. Je souhaite également faciliter les convergences et les alliances au niveau des différentes initiatives prises. Comme d’habitude, je fais confiance à ces groupes pour cultiver des liens entre eux quoi qu’il arrive. Pour cette raison, après deux premières rencontres, le 26 juin et le 11 septembre, une troisième a eu lieu avec les représentants du groupe F(s) le 27 novembre 2018. J’ai en effet souhaité avoir une discussion avec les opérateurs concernés afin de réfléchir ensemble aux mécanismes porteurs d’égalité les plus adéquats à développer.

Vous pourrez, Madame Persoons, suivre de près l’évolution des mesures qui ont été prises. Trois projets sont d’ores et déjà acquis. Le premier est le cycle de rencontres «Pouvoirs & Dérives». Il se voit soutenu à concurrence de 10 000 euros pour 2018 et 2019. Il s’agit notamment de produire un vade mecum des bonnes pratiques en termes de recrutement dans le secteur des arts de la scène. Un second projet est le lancement d’une étude et la production de statistiques. Vous avez rappelé, Madame Emmery, l’importance de ces statistiques genrées dans le cadre du projet «La Deuxième Scène», d’Écarlate la Cie. Là aussi, 10 000 euros sont octroyés pour la période 2018-2019. Le troisième projet déjà acquis est un atelier critique sur le phénomène de domination de genre et de race à l’œuvre dans le secteur des arts de la scène. Il a été développé par l’ASBL La Bas Ass Cie. Nous le soutenons à concurrence de 2 300 euros.

Je rappelle enfin l’existence d’un texte décrétal qui encourage une représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des instances d’avis. Il sera bientôt soumis au Parlement. Des dérogations ont d’ailleurs été sollicitées pour que les instances puissent continuer à siéger valablement. En outre, j’ai exigé qu’il y ait dorénavant une parité au sein des instances d’avis et une alternance à la présidence.

Renseignements pris auprès de mon administration, il n’existe pas, à ma connaissance, de radiographie relative au nombre de femmes photographes en Communauté française. En ce qui concerne les écoles de photographie, le ministre de l’Enseignement pourra vous renseigner mieux que moi. Quant à l’écart salarial avec les photographes masculins, je ne suis malheureusement pas convaincue que le secteur de la photographie fasse exception dans le domaine culturel. Cette question devrait également faire l’objet d’une étude spécifique que je suis tout à fait disposée à soutenir.

La parité au niveau des postes de direction parmi les opérateurs soutenus par la Communauté française et dédiés à la photographie se traduit comme suit: l’ASBL Contretype à Bruxelles et le Musée de la photographie à Charleroi sont dirigés par des hommes; la Biennale de l’image possible (BIP) à Liège est dirigée par une femme.

En dehors des initiatives sur le genre auxquelles je viens de faire référence, il n’existe pas d’initiatives particulières visant à dynamiser et promouvoir le métier de femme photographe, si ce n’est des aides ponctuelles à la création et à l’édition.

Dans cet exercice de recension, la difficulté principale réside dans l’existence d’aides ponctuelles indiscriminées à la création et à l’édition. Ainsi, à ce jour, il n’en existe pas spécifiquement à l’adresse des photographes. Une autre difficulté provient de la définition de «photographe» en arts plastiques. C’est d’ailleurs précisément la vocation du portfolio «Turning photography». Disponible sur internet, celui-ci entend explorer cette notion en interrogeant la photographie dans son acception la plus large, tout en faisant état du travail d’artistes questionnant ce médium de différentes façons. En 2016, sur 31 demandes d’aides, une aide à la création des arts plastiques dans le domaine de la photographie fut octroyée à un homme. Sur trois projets d’aide à l’édition photo soutenus sur seize, la répartition était cette fois de deux femmes pour un homme. En 2017, sur 79 dossiers, les six projets d’aide à la création photo concernaient trois femmes et trois hommes. Pour les deux projets retenus sur 43 concernant le domaine de l’aide à l’édition, les aides étaient réparties paritairement.

Eu égard à l’évolution de la répartition des aides dans le secteur de la photographie, les nouvelles sont donc plutôt satisfaisantes. Les chiffres n’en sont pas moins aléatoires et dépendent d’une série de facteurs très variables, notamment le nombre d’artistes femmes introduisant leur demande à un moment donné, le nombre d’artistes hommes faisant de même de leur côté, le nombre total de demandes introduites, le nombre de demandes éligibles ou encore le nombre de demandes sanctionnées d’un avis positif.

Concernant votre rappel de la situation en Suède pour le secteur du cinéma, les Suédois n’ont pas instauré de quota, mais ont plutôt défini des objectifs. Si ceux-ci ne sont pas atteints, toutes les subventions seront octroyées à des femmes au cours de la cinquième année suivant cette décision. De surcroît, j’ai demandé au Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) d’examiner plusieurs aspects particuliers. Je l’ai ainsi chargé d’étudier la mise en œuvre d’un tel choix. Par ailleurs, je lui ai également demandé de développer un certain nombre de critères supplémentaires, en ce compris par exemple la visibilité ou la mise en évidence de personnages féminins dans les séries lorsque des subventions ont été octroyées.

Monsieur Prévot, ma réponse englobe le secteur du rock n’roll sans s’y limiter. J’ai ainsi attiré votre attention sur l’importance de faire évoluer un certain nombre de mentalités. En outre, je compte sur le fait que les différents soutiens octroyés pour la réalisation des études du groupe F(s) génèrent une série de retombées positives dans l’ensemble des secteurs, en ce compris celui de la musique. Je ne peux donc que me réjouir des initiatives prises, comme celle que vous avez mentionnée. Ne disposant pas encore de données chiffrées, permettez-moi de revenir à ce point ultérieurement.

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