Les femmes sur le marché du travail

Les femmes sur le marché du travail

J’ai interrogé en commission économie le Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant la participation des femmes au marché du travail.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – C’est un constat : l’égalité des sexes dans l’accès au marché du travail n’est pas encore atteinte. Même si la situation s’est légèrement améliorée, les inégalités de genre perdurent.

Selon une récente étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans les pays nordiques, la forte participation des femmes au marché du travail a augmenté la croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant. En effet, au Danemark, en Islande, en Norvège et en Suède, la progression de la participation féminine au marché du travail a contribué à la croissance du PIB par habitant à hauteur de 0,25 à 0,40 point de pourcentage par an depuis les années 70, soit 10% à 20% de l’augmentation totale du PIB par habitant.

Pionniers du modèle « deux salaires, deux carrières », les pays scandinaves ont mis en place des politiques favorables à la famille, permettant aux femmes de bénéficier d’un meilleur accès au marché du travail, telles que des congés de maternité bien rémunérés, mais également des congés de paternité de deux ou trois mois incessibles. Les enfants sont par ailleurs massivement pris en charge en crèche et gardés après l’école. De plus, les impôts sont souvent prélevés sur une base individuelle au lieu d’être « conjugalisés » et les prestations sont versées de la même façon, pour encourager les deux parents à exercer un emploi rémunéré.

Selon l’OCDE, si la participation des femmes était restée à son niveau de la fin des années 60, la richesse par habitant dans ces pays serait nettement moindre. Ainsi, l’accès égal des femmes au marché de l’emploi va au-delà de la justice et du développement d’une société égalitaire. La participation des femmes est bénéfique d’un point de vue économique.

Quels constats pouvons-nous tirer de cette étude pour notre Région ?

Des études comparatives récentes ont-elles déjà été réalisées pour notre périmètre, afin d’estimer l’impact économique de la participation des femmes au marché du travail ces dernières années ?

À combien s’élève l’écart hommes-femmes au niveau du taux d’activité dans notre Région ?

A-t-on déjà envisagé une collaboration avec les pays nordiques, afin d’améliorer notre modèle et de favoriser l’implication des femmes sur le marché du travail ?

Didier Gosuin, ministre – J’ai effectivement pris connaissance de cette étude de l’OCDE. Celleci nous démontre sans surprise que les mesures favorables à la famille, développées et mises en œuvre au Danemark, en Finlande, en Islande, en Norvège et en Suède depuis une cinquantaine d’années, ont permis une hausse importante du taux d’activité des femmes, avec pour conséquence une croissance du PIB par habitant de 10 à 20%.

Si les mesures peuvent différer d’un pays à l’autre, ces derniers ont travaillé et continuent de le faire sur des leviers tels que le développement massif de structures de garde d’enfants subventionnées, de mécanismes d’aides à domicile, de services de prise en charge des personnes âgées ou encore de dispositifs de congé parental rémunéré pour les mères et les pères.

Les partenaires sociaux ont également contribué à cette dynamique en approuvant et appliquant le principe des horaires de travail plus souples et propices à la vie de famille. Cet exemple nordique est tout à fait intéressant et a le mérite d’évaluer l’impact de ces mesures « family friendly » dans la lutte pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes, et ce singulièrement dans le domaine de l’emploi.

En ce qui concerne notre Région, le taux d’emploi féminin était de 59,3% en 2017, contre 72,9% chez les hommes. Si l’on compare cette situation avec celle qui prévalait dix ans plus tôt, nous constatons que l’écart de genre a eu tendance à se résorber sur cette période. Le différentiel était de l’ordre de 16% en 2007, contre 13,6% en 2017.

À ce jour, nous ne disposons pas d’étude équivalente à celle de l’OCDE pour ce qui concerne l’impact économique de la participation des femmes au marché du travail en Région de BruxellesCapitale. Il serait d’ailleurs difficile de réaliser une telle étude sur un territoire aussi exigu, d’autant que pratiquement la moitié du personnel n’habite pas en Région bruxelloise.

En revanche, nous connaissons bien la problématique des familles monoparentales à Bruxelles, qui sont majoritairement des femmes élevant seules un ou plusieurs enfants. Cette problématique a d’ailleurs été objectivée par une analyse menée par Actiris.

Il est évident que cette situation constitue un frein important dans l’insertion de ces femmes sur le marché du travail. C’est pourquoi, dans le cadre de la Stratégie 2025, les partenaires sociaux et le gouvernement se sont engagés à élaborer un plan d’action visant à soutenir ce public cible dans le cadre de leur recherche d’emploi et au-delà. L’élaboration de ce plan faisait partie des priorités de la Stratégie 2025 pour la période 2017-2018. Il est aujourd’hui finalisé. Une fois validé, il reviendra au sommet social de l’automne prochain d’y identifier certaines mesures sur lesquelles travailler prioritairement durant la prochaine période.

Vous avez d’ailleurs entendu parler cette semaine de l’initiative que je compte développer encore, notamment au niveau de Bruxelles Formation, et qui concerne les formations « unigenres », propices à la formation des femmes dans des métiers typés masculins. Nous venons de terminer une formation de magasinière pour huit jeunes femmes qui non seulement ont toutes obtenu leur certification, mais ont aussi toutes trouvé du travail.

On l’a fait également pour Veolia, avec des électriciennes industrielles. Nous devons multiplier ce genre d’initiatives pour injecter des femmes dans ces métiers. C’est toujours le problème de l’œuf et de la poule : les femmes ne se lancent pas dans ces métiers parce qu’ils sont majoritairement masculins ; du côté des ressources humaines, ils cherchent mais ne trouvent pas de femmes ayant ces formations. Cela doit donc être organisé afin de créer un phénomène d’entraînement.

Enfin, il n’y a actuellement pas de collaboration entre la Région et les pays nordiques sur cette thématique. En effet, comme vous le savez, nos compétences régionales en matière d’organisation du travail pour le secteur privé sont très limitées. Or, les principaux leviers utilisés par ces pays relèvent de ce champ de compétences : congés de maternité et de paternité, aménagement du temps de travail… Par contre, certaines de ces mesures pourraient être adoptées pour la fonction publique régionale, mais ceci dépasse mes propres compétences.

Isabelle Emmery – Je vous remercie pour vos réponses. Il est évident que les parents de familles monoparentales éprouvent plus de difficultés que d’autres à s’insérer sur le marché de l’emploi. Ce plan d’action que vous avez évoqué est attendu avec impatience. Nous serons attentifs cet automne en découvrant ce qui y figure. Je suppose qu’il est trop tôt pour en divulguer les détails.

Quant aux formations, j’ai vu ce qui est organisé. Cela me paraît intéressant et devrait à mon sens être multiplié, car il faut bien faire entrer dans les esprits qu’il n’y a pas d’emplois uniquement destinés aux hommes ou aux femmes. Cela peut mener à plus d’emploi, de part et d’autre d’ailleurs !

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