MeetYou: les youtubeurs au CSA

MeetYou: les youtubeurs au CSA

J’ai interrogé la ministre de la Culture et des Médias au sujet de MeetYou: la première rencontre des youtubeurs au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Récemment, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) réunissait pour la première fois des youtubeurs belges francophones. L’objectif de cette réunion était de mieux comprendre cet écosystème et de débattre des défis qui se présentent en matière tant de régulation que de développement. Étaient présents: une trentaine de youtubeurs belges, des représentants du secteur de la publicité et des acteurs comme Smart ou le service public fédéral Économie.

Les droits d’auteur, la conclusion de contrats, les questions fiscales, la déclaration de revenus, la TVA, les cotisations sociales et d’autres thèmes ont été abordés lors de cette réunion, afin de conseiller les youtubeurs, souvent très jeunes. Ce faisant, le CSA souhaitait ouvrir un espace de dialogue neuf à ces entrepreneurs d’un nouveau genre. En effet, pour certains, il s’agit vraiment d’une mini-entreprise qui, même si elle est souvent gérée par une personne seule face à son ordinateur dans sa chambre, n’en génère pas moins des retombées lucratives.

Certains youtubeurs dépassent le cap du million d’abonnés et leur public est souvent jeune, voire très jeune. Ils traitent de sujets variés, qu’ils soient divertissants comme la musique, le cinéma, les caméras cachées, la mode, le maquillage ou spécifiques comme la cohésion sociale, la vulgarisation scientifique ou la préservation de l’environnement. La popularité des plateformes de partage de vidéos vit une croissance exponentielle depuis quatre ans et dépasse dans certains cas l’audience des chaînes de télévision traditionnelles. En mars 2019, les trente chaînes belges francophones les plus populaires sur YouTube ont cumulé plus de 21 millions d’abonnés et 3,35 milliards de vues.

Pour le CSA, cette influence croissante sur le public doit s’accompagner à présent d’une responsabilité éditoriale et sociétale des youtubeurs. Ces nouveaux influenceurs sont bien entendu largement courtisés par les publicitaires. Leur audience génère pour certains des revenus publicitaires conséquents par l’intermédiaire de recommandations d’achat qu’ils dispensent à leurs abonnés ou de placement de produits dans leurs vidéos. Le CSA s’est donc penché sur ce sujet et une partie des débats de la réunion, intitulée «MeetYou», a porté sur les contenus publicitaires: comment collaborer avec les marques en restant authentique et comment identifier les contenus commerciaux afin d’assurer l’information des audiences?

Madame la Ministre, quel regard portez-vous sur ce monde des youtubeurs? Le développement croissant de leur activité est certes bénéfique pour la création et la diversité, mais il doit par ailleurs être cadré. Certains pays européens, comme l’Allemagne ou la Norvège, ont commencé à réguler l’activité des youtubeurs pour mieux protéger les consommateurs au niveau du contenu publicitaire. Qu’en est-il en Fédération Wallonie-Bruxelles?

Certains youtubeurs belges publient déjà des avertissements en début de séquence sur les contrats publicitaires passés avec une entreprise spécifique ou sur le placement de produits, mais la pratique est loin d’être généralisée. Le public visé est souvent très jeune et il convient de porter une attention particulière à la protection des mineurs. Que comptez vous faire pour les protéger?

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – Les youtubeurs et autres vlogueurs, comme IGTV ou Twitch, constituent un pan important de l’audiovisuel sur internet. Je vous le confirme même en ma qualité de maman d’ados. Ils ont des audiences croissantes, globalement auprès d’un public très jeune, «a priori» plus influençable. Les youtubeurs belges francophones sont de plus en plus présents sur la toile ces dernières années. Ils touchent des audiences internationales dans toute la francophonie, que ce soit en France, en Suisse, au Québec ou au Maghreb. L’intérêt porté à ces nouveaux professionnels de l’audiovisuel s’inscrit pleinement dans la volonté du gouvernement de «développer une politique audiovisuelle globale qui intègre les nouvelles formes de création», comme le rappelle la Déclaration de politique communautaire (DPC).

Le concept «MeetYou», qui était au centre de la réunion, matérialise la volonté du CSA d’anticiper les enjeux de la régulation de l’audiovisuel sur internet. Il s’agit d’un espace de dialogue qui doit permettre au CSA de mieux comprendre les réalités des vlogueurs et à ces derniers de mieux comprendre le rôle du régulateur ainsi que celui de ses partenaires.

Le CSA souhaite que ce dialogue fasse ressortir des solutions pragmatiques qui garantissent un niveau de protection du public, tout en encourageant le développement de ces nouveaux entrepreneurs audiovisuels. Ces vlogueurs font partie intégrante du monde audiovisuel. Une régulation est nécessaire et les différents acteurs concernés doivent apprendre à se connaître. Ce secteur est assez nouveau et implique souvent des jeunes. Cette première initiative du CSA me semble prometteuse.

Le CSA m’a informé être occupé à réfléchir à la transposition des grands principes de la régulation au secteur de l’audiovisuel sur internet, notamment en ce qui concerne la protection des publics. Dans le cadre de la compétence matérielle des régulateurs audiovisuels, les youtubeurs font l’objet d’un dialogue et d’une réflexion, tant au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’au niveau européen. Le CSA m’a indiqué avoir rencontré les youtubeurs les plus influents de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a identifié, avec eux, des enjeux de régulation, dont la publicité. Il a également abordé les enjeux de développement qui appellent une coresponsabilité entre, d’une part, la «plateforme de partage de vidéos», c’est-à-dire l’objet de la régulation introduit par la nouvelle directive en voie de transposition et, d’autre part, les youtubeurs qui dans une large proportion représentent des «services de médias audiovisuels». Le CSA constate que de nombreux youtubeurs identifient déjà spécifiquement les contenus publicitaires qu’ils diffusent par des mentions orales ou textuelles. L’idée de «MeetYou» était notamment de sensibiliser les youtubeurs à ces bonnes pratiques, en s’appuyant sur les «Recommandations en matière d’influenceurs en ligne» du Conseil de la publicité du Jury d’éthique publicitaire (JEP).

L’enjeu important de la protection des mineurs doit faire l’objet d’une analyse circonstanciée et il pourrait, de l’avis du CSA, faire l’objet de débats dans le cadre d’un événement «MeetYou» ultérieur.

Isabelle Emmery – Il est nécessaire de prendre conscience que la présence de la publicité ne se limite pas seulement à la télévision. Au contraire, sur YouTube, elle prend une nouvelle forme, plus active: elle ne se contente pas d’être disponible, mais elle s’impose aux utilisateurs lorsqu’ils suivent un influenceur.

Je ne remets pas en cause la créativité du monde des youtubeurs qui est vraiment intéressante. Cependant, je reste vigilante à la façon dont la publicité s’introduit chez les jeunes. Il faut dès lors trouver un moyen de réguler cet aspect.

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