Portail des libraires indépendants

Portail des libraires indépendants

J’ai interrogé la ministre de la culture au sujet du portail des libraires indépendants.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery  – Alors que le géant de la vente en ligne Amazon représente une réelle menace pour l’avenir des librairies indépendantes, ces dernières ont lancé une campagne de publicité inédite en décembre dernier. Plutôt que d’agir comme des concurrents, les librairies francophones, qui sont au nombre d’une soixantaine, ont décidé de s’associer et de créer un réseau solidaire afin de mettre l’accent sur leurs spécificités et leurs valeurs. Notre commission, qui a adopté le décret du 19 octobre 2017 relatif à la protection culturelle du livre, est particulièrement sensible au souhait de ces librairies d’offrir un prix juste et un accueil personnalisé au public. Madame la Ministre, je sais combien les préoccupations de médiation avec le public et d’accessibilité de l’offre culturelle vous sont chères. Elles constituent les bases des priorités de politique culturelle que nous défendons également.

Le syndicat des librairies francophones de Belgique (SLFB) a prévu de créer un portail des libraires indépendants en 2020, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le site internet permettra aux lecteurs de trouver, par géolocalisation, le livre qu’ils recherchent dans la librairie la plus proche. Ce service sera proposé à toutes les librairies possédant le label de qualité, chacune étant libre d’y souscrire ou non. Un appel d’offres sera prochainement lancé afin de créer ce portail.

Madame la Ministre, est-il prévu de contacter vos collègues régionaux pour amplifier l’aide culturelle et envisager des soutiens complémentaires aux aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour ces commerces de proximité créateurs de lien social? La Déclaration de politique communautaire (DPC) prévoit de «soutenir les librairies vu le rôle de diffusion des contenus locaux qu’elles remplissent».

Quelles sont les pistes d’action à l’étude pour compléter les aides existantes? Si les écoles et les bibliothèques publiques ont des habitudes fortes de collaboration, des liens particuliers sont-ils encouragés entre les écoles et les librairies de proximité? Enfin, une réflexion est-elle en cours sur l’adaptation des aides existantes afin de répondre au mieux aux demandes du secteur en ce qui concerne les aides destinées aux librairies qui remplissent les conditions du label de qualité? Mme

Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – En effet, soutenir la librairie indépendante, c’est autant soutenir la diversité éditoriale et la création que l’accessibilité du livre partout et par tous. Le soutien aux libraires bénéficie donc à toute la chaîne du livre, du créateur au lecteur. Le libraire est le relais indispensable entre l’auteur, l’éditeur, et le lecteur. Pour toutes ces raisons, ce soutien occupe une place centrale parmi nos préoccupations. La situation, déjà difficile, des libraires indépendants est gravement menacée par les géants de la vente en ligne. Elle mérite toute notre attention et je prévois donc d’intensifier le travail déjà effectué par le biais de différentes actions.

Tout d’abord, la DPC prévoit un contrat pour la filière du livre. Ce dernier est en cours d’élaboration et, une fois en application, il intensifiera les contacts entre les différents niveaux de pouvoir. Il portera une attention particulière aux bibliothèques et libraires. Il vise à soutenir l’ensemble de l’industrie du livre, mais également les travailleurs de ce secteur, de manière individualisée. Il concerne donc, entre autres, les auteurs, illustrateurs, traducteurs et éditeurs.

Conclu entre les pouvoirs publics et les représentants du monde du livre, ce contrat prévoit notamment d’engager, en fonction de leurs compétences, différents niveaux de pouvoir, dont la Région wallonne et la Commission communautaire française (COCOF). Onze propositions sont formulées à leur attention. Par exemple, il leur est suggéré de soutenir l’accord-cadre relatif au marché du livre et de l’utiliser dans leurs instances publiques; de cartographier les emplacements des petits lieux de vente de livres et de stimuler leur développement; de légiférer sur les locaux commerciaux inoccupés pour permettre la création de librairies de proximité; de rappeler aux entités locales sous leur tutelle le respect du décret relatif à la protection culturelle du livre; ou encore de créer un fonds de soutien pour les éditeurs et les libraires.

Par ailleurs, l’Association momentanée de libraires indépendants (AMLI), réunissant 51 librairies réparties sur tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s’est vue attribuer, de 2017 à 2020, l’accord-cadre de fournitures de livres et autres ressources du ministère de la Communauté française par les ministres Greoli et Demotte. Ce vaste marché est accessible à tous les services de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais également aux pouvoirs adjudicateurs des villes, communes, bibliothèques et écoles qui veulent s’y rallier. À l’heure actuelle, ces derniers sont au nombre de 102. Un nouvel accord-cadre sera lancé en 2021. Son objectif sera de rassembler encore davantage de pouvoirs adjudicateurs bénéficiaires, dont les pouvoirs organisateurs (PO) des écoles.

Enfin, un nouveau projet de décret encadrant le soutien au secteur de la librairie et présentant de nouveaux critères de labellisation est en cours de rédaction. Il tiendra non seulement compte des difficultés que connaît ce secteur en Belgique francophone, mais également du processus d’évaluation du label lancé par l’administration et des propositions exprimées ces dernières années au sein de la Commission d’aide à la librairie.

Isabelle Emmery  – Je constate qu’un travail est en cours sur l’ensemble des éléments auxquels j’ai fait référence dans ma question, ce dont je me réjouis. Cela fera peut-être l’objet d’une question écrite, mais où pouvonsnous trouver cette liste des 102 pouvoirs adjudicateurs?

Bénédicte Linard – Sauf ordre contraire de l’administration, nous pourrons évidemment vous la faire parvenir.

Isabelle Emmery  – Avez-vous eu des retours des pouvoirs adjudicateurs sur le procédé? Celui-ci correspond-il bien à leurs attentes? J’ai entendu certains d’entre eux dire que le processus ne correspondait pas toujours à leurs attentes réelles.

Bénédicte Linard – À ce stade, je n’ai pas de réponse à vous apporter, mais il serait en effet opportun de creuser la question et d’évaluer le processus. Il me semble tout à fait logique de prendre le temps d’en faire le bilan afin de s’assurer qu’il correspond bien aux attentes de chacun.

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