Rémunération des plasticiens

Rémunération des plasticiens

J’ai interrogé la ministre de la Culture au sujet de la rémunération des plasticiens.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery  – Madame la Ministre, nous aurons sans nul doute l’occasion dans les prochaines semaines d’aborder la question cruciale du statut d’artiste. Je me réjouis d’ailleurs que l’administration générale de la culture prenne ce sujet à bras-le-corps et je ne manquerai pas de revenir sur les conclusions des réunions qui ont été organisées au ministère ces dernières semaines à ce sujet.

Entre-temps, je souhaiterais aborder la question des plasticiens, qui ne bénéficient pas du statut d’artiste et ne sont en général pas rémunérés lorsqu’ils sont exposés, au motif de la visibilité qui leur est offerte. Le décret relatif au secteur muséal en Communauté française a été adopté le 25 avril 2019. Cependant, mon groupe a regretté que ce texte ne prévoie rien sur la rémunération des artistes belges francophones exposés dans les musées soutenus par la Fédération Wallonie Bruxelles. Du côté de nos voisins français, le ministre de la Culture, M. Franck Riester, a défendu cet été un droit de représentation publique. Par ailleurs, le Canada applique un droit de «monstration».

Quelles sont les échéances pour les conclusions des prochains contrats-programmes dans le secteur muséal?
Les conditions de subventionnement devront-elles intégrer la rémunération des artistes?
Quelles sont les réponses que vous entendez apporter aux peintres, photographes, sculpteurs de notre Fédération qui renoncent trop souvent au minimum décent pour pouvoir être exposés?
La piste d’un droit de «monstration» est-elle étudiée par vos services pour être appliquée dans les musées soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles?

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – La Belgique a effectivement instauré un dispositif permettant un accès au chômage que nous connaissons sous le vocable «statut d’artiste». Ce dispositif, contrairement au système français centré sur les intermittents du spectacle, s’adresse à tous les artistes, y compris les plasticiens. L’articulation entre ce statut et le nouveau décret relatif au secteur muséal en Communauté française mérite d’être détaillée, même si elle s’avère marginale dans le questionnement global que le secteur culturel et la Fédération Wallonie Bruxelles se posent à propos de l’opérationnalisation de ce statut.

En effet, le nouveau décret concerne les musées et les opérateurs d’appui patrimoniaux, mais pas les centres d’art dont la mission principale est la valorisation des artistes plasticiens contemporains. Ce texte s’adresse donc à des opérateurs chargés de la conservation et de la valorisation de collections constituées d’items ayant très majoritairement plus de 50 ans. Les musées soutenus sont nombreux à ne pas disposer de collections de beaux-arts ou à montrer des œuvres d’art plus que séculaires. Ces opérateurs sont dynamiques et n’hésitent pas à faire dialoguer leurs collections avec des œuvres contemporaines. Cependant, il ne me semble pas pertinent d’imposer ces initiatives de dialogues par voie de décret.

En revanche, ce décret impose aux opérateurs reconnus d’observer toutes les réglementations fiscales et sociales en vigueur. Le Service général du patrimoine m’indique qu’il n’a jamais reçu de plainte d’artistes plasticiens relative à la non-observation des droits d’auteurs et des droits dérivés. Tout porte à croire que les futures initiatives «Art contemporain et patrimoine» qui seront prises dans le cadre du nouveau décret se feront dans la même intelligence et le même dialogue que ceux qui ont prévalu ces dernières années. L’échéance de conclusion des prochains contrats programmes se fera en début 2020. Ces contrats programmes ne prévoiront aucune clause relative aux rémunérations d’artistes.

En ce qui concerne les centres d’art, non visés par le décret relatif au secteur muséal en Communauté française, la situation budgétaire est telle que la part consacrée à la rémunération directe est minime. La rémunération des plasticiens, si elle n’est pas directe, se fait, pour ceux qui ont la chance d’être représentés par des galeries d’art, en contrepoint des expositions qui leur sont consacrées. En effet, elles offrent aux artistes un moment privilégié de visibilité que ceux-ci exploitent le plus fructueusement possible, souvent en collaboration avec le centre d’art qui programme leur travail.

Certains opérateurs jouent d’ailleurs le rôle d’intermédiaire entre les collectionneurs et les artistes non représentés par une galerie. Même si cette pratique ne constitue pas pour autant une politique systématique de soutien, elle est cependant le reflet de la spécificité d’un secteur qui se caractérise par ailleurs par un fort sens de l’indépendance. Il est en effet un des rares secteurs à ne pas être doté d’une fédération professionnelle réellement représentative permettant de défendre efficacement ses intérêts.

Enfin, une réflexion de fond n’a pas encore été menée au sein de mon administration sur une mesure qui prévoirait un «droit de monstration» pour les plasticiens et qui trouverait à s’inscrire automatiquement dans les clauses du cahier de charges des opérateurs. L’enjeu de ce projet est véritable. Cependant, cette initiative a des échos différents selon que nous nous plaçons du point de vue muséal ou des centres d’arts. J’explorerai cette piste avec mon équipe.

Mme Isabelle Emmery  – Même s’il n’émet aucune plainte, le secteur des arts plastiques éprouve pas mal de difficultés. Par exemple, les artistes contemporains photographes n’ont même pas les moyens d’exposer leurs œuvres, car les tirages coûtent trop cher. Cette situation prouve qu’un malaise existe. L’administration ne s’est pas encore saisie d’une réflexion sur cette question. Madame la Ministre, vous devriez l’inciter à le faire, car les plasticiens sont les plus mal lotis en termes de statut.

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