Vers un tourisme durable

Vers un tourisme durable

J’ai interrogé le Ministre-Président sur le tourisme durable.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery (PS) – Le tourisme est en pleine expansion : 1,4 milliard de touristes internationaux ont voyagé en 2018 selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), soit des recettes annuelles estimées à 1.700 milliards de dollars. Une manne d’or pour certains… mais qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement tant social que physique des destinations visitées : nuisances, pollution, dégradations sont notoires, et ce, sans parler de l’accentuation de la crise du logement par les pratiques telles que celles d’Airbnb… Il apparaît, par exemple, qu’un touriste « classique » consomme en moyenne dix fois plus d’eau qu’un habitant ! En cause, notamment, le linge de lits et les serviettes changées tous les jours dans les hôtels… Il faut éduquer à plus de respect des ressources naturelles. Certains hôtels invitent d’ailleurs leurs clients à ne pas demander le changement de linge tous les jours.

Par ailleurs, des labels verts existent, tels le label Clé verte qui distingue les lieux d’hébergement ou d’accueil respectueux de l’environnement : 35 lieux (hôtels, auberges de jeunesse ou théâtres) en bénéficient à Bruxelles. Ce label international est encore peu connu du public et ne semble pas motiver les foules pour l’instant. Les touristes n’y semblent pas encore très sensibles, leur choix se faisant plutôt en fonction du prix et de l’emplacement. 

Pourtant, un tourisme alternatif est en train d’émerger : un tourisme respectueux de l’environnement et des populations locales, appelé tourisme durable, responsable, équitable, ou encore écotourisme. L’OMT définit le tourisme durable comme « un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ». Si les lieux d’hébergement peuvent prendre des mesures écocitoyennes, telles que chasses d’eau fonctionnant à l’eau de pluie, panneaux solaires, utilisation de matériaux recyclés, entre autres, cela ne suffit toutefois pas : certaines villes, souffrent de surtourisme. La ville de Bruges, par exemple, est littéralement assaillie. 

Le tourisme est pourvoyeur d’emplois et représente un apport économique évident.

Néanmoins, gérer le tourisme de masse pour épargner la population locale est devenu un réel défi. Certaines localités ont mis en place des mesures coercitives : prix exorbitant des entrées aux sites touristiques, nombre de visiteurs limité par jour, etc. Fort heureusement, nous n’en sommes pas là à Bruxelles ! Un récent article de presse constatait toutefois que les touristes se concentrent essentiellement sur l’Îlot sacré. 

Ainsi, visit.brussels souhaite communiquer davantage sur les dix-neuf communes et mettre en place une stratégie de quartiers en encourageant la dispersion des touristes dans les différentes communes. Avec ce projet, visit.brussels entend, d’une part, mettre en avant les différents quartiers et communes bruxellois ainsi que la diversité de leur offre et, d’autre part, réduire la pression sur l’hypercentre de la Région. Ce programme devrait voir le jour en 2023.

La déclaration de politique générale indique que le développement du tourisme durable sera également une priorité majeure de la nouvelle législature et qu’un plan d’action sera mis en œuvre par le gouvernement. 

Outre le projet de visit.brussels prévu pour 2023 dont je viens de parler, comment les choses se passerontelles concrètement à Bruxelles dans le cadre de ce plan d’action ? Quelles sont les grandes lignes que le gouvernement prévoit d’y inscrire, et quel calendrier se fixe-t-il ? Quels acteurs seront-ils conviés à participer à son élaboration, et selon quelles modalités ?

Le label Clé verte bénéficiera-t-il d’une plus grande visibilité afin d’attirer les touristes sensibles aux arguments écoresponsables ?

M. Rudi Vervoort, ministre-président – Chaque année, visit.brussels accorde un budget de 10.000 euros au programme de labellisation environnementale Clé verte pour sa mise en œuvre et sa promotion. Cette dotation figure dans son plan d’action. 

L’administration visit.brussels, GoodPlanet, Inter-Environnement Wallonie (IEW), l’Association des hôtels de Bruxelles (Brussels Hotels Association, BHA) et Brussels Special Venues (BSV) se sont associés pour renforcer le développement du label Clé verte à Bruxelles. Ce dernier apporte une valeur ajoutée réelle à l’attractivité touristique d’une destination et contribue donc à renforcer l’image de notre Région en tant que destination durable. Enfin, une telle démarche vise à soutenir la compétitivité des PME bruxelloises et permet aux acteurs touristiques de se mobiliser autour d’un projet durable concret.

En 2019, Bruxelles totalise effectivement 35 infrastructures labellisées Clé verte, ce qui correspond à 20 % des chambres d’hôtel. Les actions prévues pour la période 2020-2023 sont les suivantes :

– organisation bisannuelle de réunions avec le comité d’accompagnement et le jury ;

– implication du Conseil bruxellois des musées (CBM) et de l’asbl Attractions et tourisme dans le comité d’accompagnement ;

– organisation annuelle d’une conférence de presse ;

– organisation d’ateliers à l’intention des hôtels, chambres d’hôte, auberges de jeunesse, sites événementiels, musées et attractions ; 

– intégration des organismes bruxellois labellisés dans le nouveau site national green-key.be ; 

– intégration du site précité dans le site de visit.brussels ;

– promotion de la Clé verte et des organismes labellisés sur le site de visit.brussels et dans les publications ; 

– communication et promotion spécifiques (dans les médias, dans la presse spécialisée dans le secteur des congrès, etc.). 

Outre le label Clé verte, visit.brussels valorise également les autres certifications et labels environnementaux (système de management environnemental et d’audit (SMEA), label Entreprise écodynamique, etc.) qui sont octroyés au secteur touristique. 

En tant qu’acteur-clé du tourisme bruxellois, l’agence veut faire preuve d’exemplarité en la matière et souhaite développer un tourisme durable de haute qualité, respectueux de la ville et de ses habitants. Les valeurs de visit.brussels coïncident avec les gènes et attributs de la Région, et la durabilité fait partie intégrante de son mode de fonctionnement. Cet engagement durable revêt différents aspects : 

– le label entreprise écodynamique ;

– la participation à l’indice mondial de durabilité des destinations (Global Destination Sustainability Index, GDS-Index) ; 

– l’ambition d’élaborer des pratiques durables, en accord avec les objectifs de développement durable des Nations unies ;

– le soutien aux politiques, initiatives et programmes régionaux, comme la stratégie Good Food, le programme régional d’économie circulaire (PREC), le plan de mobilité Good Move, le plan air-climaténergie (PACE), la zone de basse émission (LEZ), etc. ;

– la volonté de sensibiliser les parties prenantes et en particulier les acteurs du secteur ; 

– développer et encourager un tourisme durable est devenu une priorité pour visit.brussels. 

Les initiatives sont renforcées : 

– positionnement sur la scène internationale ; 

– soutien au programme de labellisation environnementale Clé verte ; 

– actions de sensibilisation envers les partenaires et collaborateurs, etc. 

La durabilité est plus que jamais au cœur de nos réflexions. 

En matière de positionnement sur la scène internationale, Bruxelles est classée treizième destination durable sur 60 villes dans le Global Destination Sustainability Index (GDS-Index) et devance des villes comme Ljubljana, Helsinki ou encore Barcelone, Oslo et Lyon. Le GDS-Index est un programme d’amélioration des performances visant à rendre l’industrie du tourisme d’affaires et des événements plus durable. 

Dans un effort de collaboration, il aide différents acteurs (Destination Management Organizations (DMO), bureaux de congrès, planificateurs d’événements et fournisseurs) à adopter, promouvoir et reconnaître des pratiques responsables. Le GDS-Index compte 70 indicateurs qui évaluent les destinations dans quatre domaines-clés : performance environnementale, performance sociale, performance des fournisseurs et performance de la gestion de la destination. Le travail est aligné sur le Programme 2030 et intègre les dixsept objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations unies.

Dès 2021, la stratégie de visit.brussels en matière de tourisme durable reposera en partie sur les critères du GDS-Index. En collaboration avec les parties prenantes, un plan d’action sera élaboré en vue de renforcer le positionnement de Bruxelles comme destination durable sur la scène locale, nationale et internationale.

Isabelle Emmery – Votre réponse extrêmement détaillée prouve votre préoccupation pour un tourisme plus durable et respectueux de l’environnement, tant de la ville que de ses habitants. Nous sommes engagés dans un mouvement très positif pour l’évolution du tourisme à Bruxelles. Ajouter ce concept de tourisme durable au développement touristique sera assurément un atout pour notre ville-région-capitale. 

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