Tournages audiovisuels durables

Tournages audiovisuels durables

J’ai interrogé en commission Enfance et Culture la Ministre concernant les tournages audiovisuels durables.

Voici notre échange :

Mme Isabelle Emmery – L’industrie audiovisuelle est génératrice d’emplois et engendre un apport économique significatif pour nos régions. En raison de la diversité de nos paysages et atmosphères, de notre situation centrale et des avantages financiers que nous proposons, des centaines de films, de séries et de documentaires sont tournés chaque année dans notre pays. Je m’en réjouis, bien entendu! Néanmoins, l’impact environnemental de ces tournages n’est pas négligeable; il pourrait être réduit sur certains points: le transport du matériel et des équipes, la consommation énergétique ainsi que la gestion des déchets et des éléments de décors devenus inutiles.

La Flandre travaille depuis quelques années sur les pratiques durables en matière de tournage: le Vlaams Audiovisueel Fonds (VAF) et Screen Flanders ont développé des outils afin de réduire leur impact sur l’environnement. Ils ont notamment créé le label «e-Mission» qui distingue les productions de films ou de séries les plus respectueuses de l’environnement. Au niveau de l’Union européenne, le projet «Green Screen» s’est implanté au sein de huit États membres afin de réduire l’empreinte carbone des industries cinématographiques et télévisuelles. De son côté, screen.brussels a également lancé des mesures afin d’encourager les modes de production et de postproduction plus durables et d’accompagner en ce sens les tournages en Région de BruxellesCapitale. Le Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) est également sensible à cette problématique, puisque, voici dix ans déjà, il commanditait une étude sur les actions à mener pour rendre les tournages de films plus écologiques. Cette préoccupation s’inscrit de manière généralisée dans le monde du cinéma.

Madame la Ministre, comment vos services ont-ils poursuivi le travail mené en 2010 sur les tournages plus respectueux de l’environnement? Collaborent-ils avec les fonds régionaux sur cette question? Dans les demandes de production qui sont introduites auprès de votre administration, retrouvez-vous des informations ou des indicateurs qui permettent d’analyser l’évolution des tendances et la prise en compte de la dimension durable? Dans la négative, pensez-vous qu’il serait utile de compléter les informations dont dispose le CCA sur cet aspect?

Faut-il le rappeler: le développement durable correspond à une préoccupation transversale des politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles!

(…)

 Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – En tant qu’écologiste, je suis bien entendu sensible à la question des tournages durables dans le milieu du cinéma et des séries. Selon des chiffres parus dans la presse l’an dernier, chaque année, l’industrie audiovisuelle, en France, libérerait 1 100 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit l’équivalent de 410 000 allers-retours entre Paris et New York en avion. C’est énorme! À ma connaissance, nous ne disposons pas de chiffres pour la Belgique, mais nous pouvons malgré tout y réfléchir.

Plusieurs initiatives ont déjà été lancées par les acteurs du secteur. Le CCA, screen.brussels et Wallimage travaillent actuellement à une approche commune visant à sensibiliser les producteurs à l’écoresponsabilité dans la gestion de leurs futures productions. À ce stade, il est question de rédiger une check-list qui permettrait aux producteurs de s’assurer qu’ils ont pensé aux aspects environnementaux des différents postes de préparation de leurs productions. Il est également question d’organiser des conférences sur le sujet, notamment, pour les producteurs, les directeurs de production et les régisseurs. Je salue la réalisation de ces projets!

La réflexion doit être poussée plus loin, dans un second temps, en partenariat avec les gouvernements régionaux. Une première réunion de travail est d’ailleurs prévue prochainement. Nous pourrions également examiner comment intégrer la dimension environnementale dans les procédures de soutien et d’octroi de subventions pour le secteur du cinéma en Fédération Wallonie-Bruxelles.

La prise de conscience prend une dimension internationale. Plusieurs réunions sur l’empreinte écologique du cinéma devaient avoir lieu lors du 70e festival international du film de Berlin qui s’est tenu du 20 février au 1er mars dernier. Ces réunions devaient permettre aux différents acteurs européens d’affiner une proposition conjointe. Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé, en séance plénière, que le gouvernement proposera un décret sur la transition écologique. Chaque ministre sera invité à apporter ses contributions dans le champ de ses compétences. Mon cabinet travaille déjà sur plusieurs pistes pour alimenter le futur décret dans les compétences qui me reviennent, y compris les médias et le cinéma.

Mme Isabelle Emmery   – À entendre votre réponse, Madame la Ministre, je constate que l’éco-responsabilité fait déjà partie des préoccupations des principaux acteurs de terrain. Mais ils pourraient aller beaucoup plus loin. Ils ont pris de conscience de leur responsabilité. Les chiffres que vous citiez sur l’impact environnemental sont interpellants. La durabilité dans le cinéma devra se concrétiser par des pistes de solutions, par la conscientisation, mais aussi à travers l’octroi des subventions et aides à l’ensemble du secteur.

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