Utilisation des chèques-carrière

Utilisation des chèques-carrière

J’ai interrogé en commission économie le Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant l’utilisation des chèques-carrière.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – En Flandre et à Bruxelles, depuis 2013, employés et indépendants ont la possibilité de suivre des sessions d’accompagnement de carrière auprès d’entreprises en ressources humaines agrées. Ils financent cela avec des chèques-carrière proposés par le Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB).

Par cet instrument, la volonté du gouvernement flamand est de mener une politique préventive qui aide les travailleurs à réfléchir à leur carrière et à acquérir les compétences requises pour réaliser leurs objectifs.

Quel est le bilan de ce dispositif à Bruxelles, puisque les Bruxellois peuvent y avoir accès ? Les travailleurs en sont-ils demandeurs ? Quelles sont les obligations des entreprises par rapport à cet instrument ? Quels sont les critères afin de pouvoir en bénéficier ? Le gouvernement bruxellois réfléchit-il à l’adoption par Actiris d’un instrument similaire ?

Didier Gosuin, ministre – Le gouvernement flamand a approuvé l’arrêté concernant l’accompagnement de carrière. Cet arrêté a pour objectif d’inciter les travailleurs à réfléchir à leur carrière par le biais d’un accompagnement professionnel. À cette fin, ils peuvent faire appel, depuis le 1er juillet 2013, à des chèques carrière.

Le chèque carrière est un moyen de paiement électronique pour l’accompagnement de carrière en néerlandais, subventionné par les pouvoirs publics flamands. Il comprend quatre heures d’accompagnement de carrière individuel sur mesure.

Le bilan de ce dispositif, dont le Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB) est l’initiateur, ainsi que la question de la demande des travailleurs pour ce type de chèques sont donc des éléments à obtenir auprès du VDAB. Ce dernier est en effet l’acteur-clé pour toute question liée à l’évaluation de la mesure, au monitoring ou aux statistiques. Actiris n’est pas en charge de sa gestion ni de son monitoring.

Quant à la réflexion du gouvernement bruxellois sur l’adoption par Actiris d’un instrument similaire, il faut savoir qu’Actiris propose déjà une série de mesures semblables à l’intention des chercheurs d’emploi : chèques langue, chèques TIC et chèques formation.

Les chèques langue et les chèques TIC couvrent des besoins fréquents et essentiels pour la mise à l’emploi. Il est toutefois impossible de déterminer, avant cette mise à l’emploi, les formations spécifiques qui seront nécessaires au chercheur d’emploi. Les chèques formation répondent donc à des besoins spécifiques de formation qui sont définis une fois l’emploi trouvé.

Le dispositif vise à consolider l’emploi d’un nouveau travailleur bruxellois dans les six premiers mois de son engagement ou de son établissement en tant qu’indépendant, en lui permettant d’acquérir un complément de formation adapté aux exigences de sa nouvelle fonction.

Le choix de la formation, son contenu, sa durée et les modalités pratiques sont déterminés de commun accord entre le bénéficiaire, le nouvel employeur et un centre de formation, ou établis dans le plan de formation de la personne s’établissant comme indépendant.

Actiris paie la moitié du prix total de la formation dès réception de la facture et de la preuve de paiement de l’autre moitié par l’employeur ou par l’indépendant bénéficiaire de la formation.

Je dois reconnaître que cette mesure est relativement peu utilisée, malgré les différents avantages qu’elle propose. Plusieurs pistes sont envisageables pour tenter d’expliquer le manque d’engouement, comme le manque d’information des potentiels bénéficiaires de la mesure.

Une évaluation de ce dispositif est envisagée afin d’apporter les éventuelles adaptations permettant d’en accroître la popularité.

Isabelle Emmery – Votre réponse concerne l’individu qui trouve un emploi et essaie de l’occuper en faisant preuve du maximum de compétences. Si je ne m’abuse, les chèques-carrière constituent quant à eux l’opportunité d’une éventuelle réorientation de carrière pour un travailleur.

En effet, nous savons aujourd’hui que les progrès faits en matière d’industrie numérique et digitale, de « nouvelle intelligence », vont générer des pertes d’emplois tout en créant de nouveaux postes. Un travailleur pourrait donc s’inscrire dans cette perspective de réorientation de carrière en ayant recours à ces formations afin de se repositionner sur le marché de l’emploi. C’est en tout cas comme ça que j’avais perçu l’utilité de ces chèques-carrière, mais je peux me tromper.

Didier Gosuin, ministre – En ce qui concerne les travailleurs, le congé-éducation payé existe. Un budget d’environ 18 millions d’euros est affecté à cette politique et permet aux travailleurs de suivre des formations dans le but de réorienter leur carrière.

La formation continue est quant à elle de la responsabilité des entreprises, qui ne s’en préoccupent pas suffisamment. Le cas de Proximus est édifiant. Après des années, constater que 1900 personnes ne sont plus assez compétentes n’est pas une justification valable.

La formation continue est financée par le travailleur lui-même, un pourcentage de son salaire étant versé à des fonds sectoriels. Nous sommes surpris de constater que certains fonds sectoriels, dont celui consacré aux nouvelles technologies, n’ont pas été épuisés ces deux dernières années. Les fonds sectoriels sont gérés paritairement à la fois par les entreprises et les syndicats.

Quand les entreprises parlent de compétitivité et de productivité, cela concerne essentiellement le coût salarial. Un article du journal Le Monde a démontré que, si les entreprises consacraient plus de moyens à la formation en interne, elles accroîtraient de manière importante leur compétitivité et leur productivité. Or, ce n’est pas envisagé par le monde entrepreneurial, qui a tendance à reporter la responsabilité sur les pouvoirs publics alors que des moyens existent, un prélèvement salarial étant effectué chez le travailleur.

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