Valorisation de la danse

Valorisation de la danse

J’ai interrogé en commission Enfance et Culture la Ministre concernant la valorisation du secteur de la danse en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voici notre échange :

Mme Isabelle Emmery – Madame la Ministre, notre pays compte bon nombre de compagnies chorégraphiques de talent qui proposent des spectacles de très grande qualité et de renommée internationale. Toutefois, à l’occasion de la présentation du rapport du Conseil de la danse en janvier dernier, les membres de cette instance ont regretté le manque de moyens accordés à la coproduction et les difficultés de diffusion en Wallonie et à Bruxelles. Selon les chiffres de la présidente du conseil, seulement dix théâtres accueillant des créations chorégraphiques en Fédération Wallonie-Bruxelles. Sept de ces institutions sont situées à Bruxelles. En Wallonie, seuls le Théâtre de Liège, le festival Mars – Mons arts de la scène et le Théâtre de Namur accueillent des spectacles de danse. Les résultats ne sont pas plus encourageants pour les centres culturels puisque seulement deux centres bruxellois et quatre wallons proposent ce type de spectacle. Aucun centre culturel ne le fait dans la province du Luxembourg ni dans le Brabant wallon.

Vos services confirment-ils ces chiffres et le peu de diffusion de cette discipline? Cette situation crée une très forte dépendance des artistes à peu d’institutions, puisqu’ils ne peuvent se produire que de manière sporadique. Quelles sont les raisons invoquées par les différents lieux de diffusion pour ne pas accueillir davantage de spectacles de danse alors que nous assistons à un réel engouement du jeune public pour la danse? Est-ce une question de coût, de publics, de salles structurellement inadaptées?

Alors que le décret sur la diffusion sera un temps fort de la législature, votre cabinet est-il déjà impliqué dans l’organisation des tables rondes sur l’avenir de ce secteur, qui se dérouleront dans les prochains mois à Charleroi danse? De quelle manière vos services collaborent-ils avec les partenaires académiques et artistiques pour assurer une bonne connaissance des mécaniques institutionnelles aux futurs diplômés du master en danse, lancé il y a quelques semaines?

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – Madame la Députée, j’étais présente lors de la présentation des rapports d’activités des instances d’avis du secteur des arts de la scène et j’ai donc pu entendre par moi-même les chiffres dont vous faites état. Les difficultés de coproduction et de diffusion auxquelles le secteur de la danse fait face ne sont pas récentes. Ce secteur est en plein développement, cela a aussi été mentionné. Je vais donc préciser ces chiffres.

Si la Fédération Wallonie-Bruxelles compte deux scènes spécialisées dans l’art chorégraphique – Charleroi danse et Les Brigittines –, mes services recensent seize lieux de création, centres scéniques ou festivals qui diffusent régulièrement, voire coproduisent, des spectacles chorégraphiques. Parmi ceux-ci, sept se trouvent en Wallonie et neuf à Bruxelles. En outre, mes services ont constaté que de nombreux centres culturels s’impliquent dans la promotion de l’art chorégraphique. Même si la situation est perfectible, mes services m’ont fait part de chiffres relatifs à la diffusion qui démontrent que nos réseaux de diffusion réinvestissent déjà considérablement le champ de la danse contemporaine. Entre 2015 et 2018, la moyenne annuelle était à 22,25 représentations pour le tout public et 35 représentations pour le public scolaire.

En 2019, sans compter les programmations organisées indépendamment d’une aide à la diffusion, les tournées Art et Vie à l’école recensent 26 spectacles diffusés pour 154 représentations de spectacles de danse dont 49 sont destinées au tout public et 105 au public scolaire. Elles ont été organisées dans 38 communes différentes, dont 8 bruxelloises et 30 wallonnes. Toutes les provinces sont concernées. C’est une dynamique qu’il faut poursuivre, encourager et accompagner, comme celle qu’initie Central, le centre culturel de La Louvière, en créant un réseau de programmation de centres culturels.

Tous les acteurs du secteur, qu’il s’agisse des compagnies, des centres scéniques, des lieux de création et des lieux de diffusion, dont les centres culturels, doivent être impliqués dans cette réflexion sur les conditions et les contextes de diffusion et de production de la création chorégraphique sur notre territoire. Comme vous le soulignez, malgré ces chiffres positifs pour la diffusion, le fiable nombre d’opérateurs qui allouent une partie de leurs moyens à la création chorégraphique instaure une dépendance et un engorgement au niveau des possibilités de coproduction pour les chorégraphes. D’autres raisons invoquées sont le manque d’adhésion des publics aux propositions chorégraphiques, le manque de connaissance des programmateurs eux-mêmes en matière de danse ou la complexité des formes proposées. Il est vrai qu’en fonction des différents styles chorégraphiques, l’appréhension des codes peut se révéler ardue pour un public non averti.

Quand nous parlons de diffusion, d’accessibilité, nous parlons aussi de médiation. L’enjeu majeur ici n’est pas de savoir comment amener les publics vers la danse, mais de déterminer les outils dont les lieux de diffusion ont besoin pour amener la danse vers le public. Il s’agit de déterminer comment rendre la danse accessible à chacun tout en préservant l’intégrité artistique des créateurs. Je suis persuadée que les opérateurs concernés fourmillent d’idées sur le sujet.

C’est la raison pour laquelle mon cabinet et mon administration seront présents lors de la journée organisée le 23 avril à Charleroi danse où les membres du Conseil de l’Art de la Danse se tiendront à disposition des artistes pour ouvrir le dialogue sur le travail mené par cette instance. Il s’agira là d’une première opportunité pour entendre les pistes de réflexion qui se dégagent. Si le secteur chorégraphique le souhaite, mon cabinet pourra être impliqué dans la réflexion à mener sur les différents enjeux liés à la création, la production et la diffusion des œuvres, mais dans tous les cas, nous le solliciterons dans le cadre du décret sur la diffusion.

À ma connaissance, le master en danse ne débutera qu’en septembre prochain. Mes services n’ont pas été amenés à collaborer à l’élaboration du programme des cours. Cependant, il me semblerait plus pertinent, dans un premier temps, de renforcer les possibilités pour les artistes de se faire accompagner pour la gestion de leur compagnie et de leurs productions, par des administrateurs et administratrices, par des bureaux de production ou par des institutions plutôt que de les amener à prendre en charge un travail administratif qui ne devrait pas leur incomber.

Mme Isabelle Emmery (PS). – Madame la Ministre, je vous remercie pour votre réponse détaillée. Je me réjouis notamment d’entendre que le secteur est en plein développement et que les réseaux de diffusion réinvestissent cette discipline; ce sont des éléments très positifs. Comme vous le soulignez, la situation est perfectible et nous devons poursuivre la dynamique. J’entends votre analyse sur la difficulté pour les publics d’appréhender le genre; il y a là un travail à mener et je note votre volonté de vous y impliquer si le secteur le souhaite. Le contenu de votre réponse sera en tout cas de nature à alimenter la réflexion sur la diffusion future dans le secteur de la danse. S’il existe une difficulté publique, c’est aussi une discipline facilement abordable, car elle n’a pas de barrière linguistique. Elle s’avère donc également intéressante en termes de participation multiple des publics.

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